Sphota, coopérative d'invention musicale

Démarche

La transmission selon Sphota

Que ce soit pour un concert, un spectacle, un projet transversal, un enregistrement, avec des amateurs, des enfants ou des professionnels, notre travail de transmission s'appuie sur un héritage de l'improvisation libre telle que formalisée et développée par Alain Savouret, notamment dans le cadre du Conservatoire National Supérieur de Paris entre 1993 et 2007. Se distinguant de l'improvisation pratiquée dans le jazz ou les musiques traditionnelles (basée sur des modes, des rythmes, des structures, des grilles harmoniques), l'improvisation libre veut permettre au musicien d'inventer sa propre musique, sans langage prédéfini, en l'inscrivant dans l'écoute complète du présent (lieu, contexte, autres musiciens, public...). Le travail principal de cette démarche consiste alors à développer à la fois des éléments d'expression personnelle et une oreille d'une nature étendue. Cette pratique est aussi souvent appelée improvisation générative.

Par l'improvisation libre nous n'entendons pas seulement aborder le jeu de l'improvisation mais plus largement l'invention musicale, qu'elle soit instrumentale, vocale, électronique, intégrant ou pas des nouvelles technologies et d'autres disciplines artistiques. Dans la mesure où inventer de la musique peut signifier composer, improviser, ou même interpréter, l'improvisation libre est surtout pour nous un moyen de mettre en œuvre l'approche de l'invention musicale dans le cadre pédagogique. Par l'improvisation nous pouvons aborder rapidement des notions qui couvrent tous les champs du faire musical : le geste, l'écoute, la précision d'une idée musicale, le développement, la métamorphose, les plans, l'espace, la forme...

Le travail de l’improvisation libre, plus qu'une fin en soi, apparaît comme un moyen d'amener le jeune musicien, le musicien qui veut élargir son champ d'action, le compositeur, l'interprète en quête de redécouverte de son instrument, à entendre d'une nouvelle façon, plus large que celle que le solfège traditionnel nous apprend, d'une façon finalement plus adaptée à notre époque, où le son musical n'est plus limité aux notes et aux rythmes mais s'est considérablement élargi à un continuum sonore complexe et riche. C'est ce solfège de l'entendre, préconisé par Pierre Schaeffer, grand inspirateur de l'improvisation générative, qui est abordé dans notre travail de transmission, enrichie de notre propre expérience de la scène, de la création et des formes transversales.

Nous proposons donc des ateliers ou stages d'INVENTION MUSICALE qui peuvent prendre de multiples formes en fonction des publics visés et des temps alloués.

Enjeu pédagogique

Inventer étant pris dans son sens étymologique de “dé-couvrir“, “faire venir à“, l’invention musicale se pose comme une démarche mettant en valeur et en perspective aussi bien les acquis du musicien formé (technique instrumentale, connaissance d’un répertoire) que le potentiel d’expression singulière que chaque musicien porte en lui.

Entre improvisation et écriture, l’invention musicale est avant tout un travail sur le vivant et l’écoute, que connaissent bien les artistes du théâtre ou de la danse contemporaine, mais paradoxalement moins les musiciens. La découverte d’un "ici et maintenant" où les musiciens "sonnent" par eux-mêmes et la prise de conscience des possibilités expressives du sonore, sans se cantonner à une esthétique, en sont les objectifs fondamentaux.

À l’issue du stage, la matière musicale, peu à peu bâtie dans les ateliers, se retrouve extrêmement vivante, avec les vertus conjuguées de l’improvisation (un travail précis sur le sonore) et de l’écriture (une exigence formelle). Cette musique a la force d’une création collective, dans laquelle chaque musicien a apporté, interrogé et creusé sa personnalité musicale et son positionnement par rapport à l’autre. Ce qui en fait une aventure musicale, mais aussi humaine.

Méthode et contenu

Le travail pédagogique d’invention musicale s’organise autour d’une boucle méthodologique, qui se résume ainsi :

• Partir du groupe donné de musiciens dans un espace donné,
• transmettre les bases d’improvisation libre et collective,
• expérimenter différentes situations et règles de jeu avec le groupe,
• formuler un projet (une pièce de musique, un parcours tenant compte de l’espace, un rapport à une narration, etc), sur le plan poétique comme sur le plan formel,
• dégager de la matière musicale à partir des improvisations (toutes les étapes sont enregistrées, écoutées et analysées),
• préciser la forme, les intentions, les détails du jeu, le “comportement“ de chaque musicien et l’orchestration par l’écriture,
• revenir à l’improvisation cadrée comme interprétation vivante du projet, et parcourir ce cycle en boucle.

Références

Les musiciens ont, depuis de nombreuses années, répondu à des sollicitations très diverses. Celle d'un ensemble souhaitant intégrer des séquences improvisées dans un programme de concert ; celle de structures d'enseignement ou de formation continue désirant donner aux étudiants ou professeurs des bases solides d'invention musicale. Ou encore celle de structures portant un projet culturel sur la rencontre musicale (en région Hauts-de-France : conception et direction de spectacles musicaux dans lesquels étudiants musiciens et classes d’enfants se rencontrent en musique, créant un événement où ils sont dans le même temps acteurs et spectateurs ; en région Rhône-Alpes, formation et direction de 2 ensembles de 10 musiciens amenés à incarner, sur scène et dans un cadre professionnel, le choeur antique du spectacle Antigone Orchestra de Sphota.)

Les musiciens sont ainsi intervenus auprès de structures comme le CNSM de Paris, les CRR de Chambery, d'Annecy, de Nimes..., les CEFEDEM Ile-de-France et Bourgogne, les CFMI de Lille, Lyon et Orsay, le pôle sup de Dijon, l’ADIAM 78, le Conservatoire Maurice Ravel à Paris, l’Ensemble Carpe Diem, deux années dans le cadre des Chantiers de la création (Orchestre National de Lyon), deux années pour les Ateliers de la création (IRCAM), auprès d'écoles, de collèges, lycées et universités de plusieurs villes françaises…